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26.11.2007

OCYTOCYNE BLUES

Une très poétique manière d’arpenter ses vieux couloirs, c’est par les épaules, en antennes d’escargots. C’est si sensible l’œil qui touche. Se rétracte dès qu’il a vu. Ca n’empêche pas d’avancer. La douleur de voir. On a le lapin, sinon, de si grandes oreilles pour vivre dans la peur perpétuelle. Multiplie par tous les sens que l’on n’a pas encore conçus, tu auras une idée évidemment de ce qui me fait fuir.

Ton avant-hier, par exemple. Sublime. Tu as bu quelques bières, puis une bouteille d’un excellent vin, et donc une bouteille de rhum. Tu as pris ta voiture, abandonné tes amis déprimants, tu t’es arrêté là où on vendait des cigarettes, un casino, t’as fait chier tout le monde, t’as parlé d’Einstein, de je ne sais quoi, de l'inventeur de la roue, de la figure du Désobéissant, à des ouvriers endimanchés des anciens légionnaires des serveuses hypocondriaques qui grâce à toi ont vu le monde sous un jour différent. Et toi aussi, tu t’es dit ah mais ouais en fait. De l'intérêt de verbaliser ce qu'on n'avait jamais encore pensé. Si on ne rencontrait pas d'Illumination au fond de son verre, qui boirait ? T’as partagé le profond silence d’une réflexion toute neuve et fascinante. T’as bu trois whisky, laissé un pourliche au seul serveur silencieux, un Noir, c’était sans doute maladroit. Ensuite la boîte. Au Pink Pussy on était vraiment désolé mais ça n'allait vraiment pas être possible. Un couple est arrivé, la fille t'a sauté au cou, t'as chancelé, elle a eu l'air peinée. Elle t'a caressé la joue, t'as failli pleurer, elle a dit je le raccompagne à sa voiture, pendant que t'essayais vaguement de mettre un cul sur son visage. Elle me prend pour quelqu'un d'autre. A la voiture, elle fait je t'appelle un taxi, tu ne réagis pas, tu la pelotes pendant qu'elle donne l'adresse, tu lui renifles la carotide, elle te malaxe un peu la queue, tu bandouilles. En cette minable époque de repus, t'as bandouillé, toi le casseur d'assiettes, c'est un crime. Et puis tu lui as dit ta gentillesse me blesse petite salope. Ca lui a bien plu. T'es dans un tel état, chaton, qu'est-ce qui t'arrives ? Tu l'as repoussée, et tu t'es tiré en faisant crisser les pneus. Au Select, la compassion mercantile t'a ouvert ses portes. Encore ce pochard absurde. Ils t'ont foutu dehors une fois, comme tout le monde, et tu reviens, tellement t'es digne. Quatre vodkas. Y’a un gars sympa qui a cherché à prendre de tes nouvelles, il a laissé tomber, vu ton état. Une fille sympa qui t’a dit, qui a pas su quoi dire devant l’ampleur du désastre. Elle sait que t'es un musicien privé de ses mains. Et puis t’as dansé, de cette danse qui attise ou la moquerie ou la pitié, mais tu as dansé, et c’était magnifique. T’as parlé à une blonde et tu lui as dit qu’elle avait une gueule de Gremlins, et t’as puisé dans Cicéron la preuve que c’était un compliment. Tu es rentré chez toi, et avec ta bagnole pourrie t’as visé les petites marches de ton entrée. T’as essayé de trouver tu sais le sésame en ta clé de bagnole, une porte est si forcément ton ennemie que l’idée d’utiliser la bonne clé t’est venue après une heure de glaciation vociférante. Une salamandre est passée, même pas goguenarde, juste au bout du rouleau, déshydratée. T'as pas trouvé quoi faire pour l'aider. Ta toute première salamandre, noire et jaune comme dans les livres. T’as dormi vingt-quatre heures, ignoré les sonnettes amicales et t’es sorti acheter du coca light, pour la deuze bouteille de rhum que t’as volée à tes amis déprimants. T'as été un peu déçu que ce soit que du 49 et pas du 55. Tu t’es dit demain je reconquiers mon estime. Ne jamais perdre son estime. Demain, c’est aujourd’hui. Et aujourd'hui t'as vomi.

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